Depuis 1947, le marché des Capucins est un lieu incontournable du commerce de proximité de Bordeaux. Daniel DAVID,57 ans, a choisi de s’y installer il y a 14 mois afin de devenir le premier charcutier traiteur de produits alsaciens de la place.
1. Vous êtes arrivé il y a 14 mois au marché des Capucins, quel a été l’élément déclencheur ?
Après avoir travaillé 15 ans en tant que restaurateur dans un petit village du Maine et Loire, ma femme et moi avons décidé de changer de vie. Sans enfant, nous aimons nous donner de nouveaux objectifs et notamment dans le domaine professionnel.J’ai toujours été passionnée de gastronomie est donc je ne voulais pas changer de domaine réellement. Le métier de charcutier traiteur était pour moi un moyen d’exercer ma passion, mais il m’apporte une réelle relation avec la clientèle. Quand j’étais dans la cuisine de mon restaurant, c’était un réel manque.
2. Vous habitiez dans le Maine et Loire, venir à Bordeaux est un changement radical. Le marché des capucins est une référence bordelaise et est répertorié dans les divers guides touristiques, est-ce que ça a été une motivation pour votre choix d’emplacement ?
Nous avons de la famille qui habite dans le Sud-Ouest et c’est une région qui nous plaît particulièrement, mais le choix de ce marché a été un pur hazard. Nous avons visité casiment tous les marchés de France et nous nous sommes rendus compte qu’il n’y avaient pas de places libres. La recherche a été longue et difficile, jusqu’au jour ou un emplacement s’est libéré au marché des Capucins.
En plein centre de Brodeaux, nous ne pouvions pas passer à coté de cette opportunité.
3. Vous êtes né à Versailles, vous avez vécu quelques années en région parisienne, puis en Anjou. Quelle a donc été la raison de votre choix des produits alsaciens ?
Il s’avère en fait, que j’ai des origines alsaciennes, donc c’est une cuisine que j’ai toujours apprécié. Il faut dire que l’Est – il hésite – tout comme le Nord sont le cœur de la gastronomie française.
Après, lors de mes recherches d’emplacement, j’ai eu un réel coup de cœur pour un stand de produits alsaciens à Nantes. Enfin, j’ai étudié le marché bordelais et j’ai découvert qu’il n’y avait pa de concurrents à proximité. Les seuls sont à Bordeaux Lac et Mérignac, c’est ce qui m’a convaincu dans mon choix.
4. Les capucins sont réputés pour être un lieu convivial, comment s’est déroulé votre installation sur le marché ?
L’installation a été difficile et très longue. J’ai eu beaucoup de problème avec l’ERDF et Direct Energie au niveau des formalités électriques et énergétiques. Personne ne savait qui avit l’emplacement avant moi. Il m’a donc fallu près de 4 mois pour m’installer et je n’ai reçu aucun conseil de la part des autres commerçants. J’ai été réellement déçu de voir cette indifférence, je m’atendais à un accueil plus chaleureux.
5. Malgré cela, vos débuts au marché des Capucins semblent plutot encourageant…
Après 14 mois, l’activité commence à être fructueuse. Ma clientèle se fidélise, mais les débuts n’ont pas été les meilleurs moments. Après avoir travaillé pendant 15 ans comme directeur artistique, il était normal pour moi d’accompagner mon lancement de communication. J’ai investi dans une annonce presse sur Sud Ouest pour près de 3000 euros et les retombées ont été mauvaises, voir nulles.
Le problème vient du marché qui est totalement laissé de côté par ses dirigeants. Son image est de plus en plus mauvaise et les clients n’ont plus envie de se déplacer jusqu’ici.
6. Vous désignez le marché des capucins comme un endroit à l’abandon, pourtant c’est le marché le plus vivant de Bordeaux. Quels sont pour vous les plus gros problèmes ?
L’hygiène !! le sol est miteux, les toilettes ne sont jamais nettoyés et les peintures qui viennent d’être refaites sont dans un état lamentable. Rien n’est aux normes et les clients se plaignent du froid. Lors de mes recherches d’emplacement, j’ai découvert le marché couvert de Lyon qui est fabuleux, il devrait prendre de la graine !
En plus, il n’y a aucune possibilité de stationnement et le parking est hors de prix ! Les gérants proposernt aux clients 30 minutes de gratuité, mais qui est capable de faire ses courses en 30 minutes lorsqu’i l y a plus de 80 exposants. Il n’y a aucune authorité de régulation et de plus en plus de mendiants sont présent. Les clients n’ont plus envie de venir acheter mes produits ici !
7. Ne pensez-vous pas que votre clientèle est restreinte à cause de la typicité de vos produits surtout dans une région aussi réputé pour sa gastronomie?
Contrairement à certains commerçants, je suis là tous les jours donc je pense que je fais le maximum pour attirer le plus de clients possible. Je suis pour l’instant le seul sur le marché donc la typicité est pour moi un atout. Ma clientèe se construit petit à petit. J’espère juste que des concurrents directs n’arriveront pas par la suite.
8. Certains commerçants sont implantés la depuis très longtemps, comme les poissoniers et même si il y a 5 poissoneries sur le marché et ils et ils sont plutôt satisfait du résultat sur le marché des Capucins…
Les familles qui sont la depuis très longtemps ont réussi à se développer une vraie clientèle. Ensuite, je me suis rendu compte qu’il y avait de plus en plus de grossistes, ils cassent les prix du marché et donne une image bas de gamme. La vocation des marchés est de proposer des produits de qualité, venant de la source et non pas de créer un « mini supermarché ». La concurrence est très rude ici et Geraud ne nous facilite pas la tâche. Au lieu de proposer des produits différents, ils ne cherchent qu’à vendre le maximum d’emplacements ! L’esprit de marché traditionnel a totalement disparu.
9. Vous parlez de marché traditionnel mais vous avez récemment fait une demande pour augmenter l’amplitude horaire et ne pas fermer le marché à 14h…
Bien sur ! Tradition ne veut pas dire qu’il ne faut pas vivre avec son temps. Aujourd’hui, tout le monde ferme sa boutique dès12h30 ! Les gens ont un rythme de vie différent, vous pouvez aller à Nantes ou dans d’autres grandes villes, ils sont la toute la journée ! En plus, d’avoir des conditions de travail déplorables on ne nous laisse pas la possibilité d’étendre notre activité. Il y a tellement de possibilités de développement !
10. Vous pensez au développement, donc vous êtes dans un optique de long terme. Vous ne croyez donc pas que c’est la fin du marché des Capucins… Mais vous êtes plutôt dans une optique de renouveau.
Il y a plein de possibilité de développement ! Le week-end la clientèle est là donc ce serait dommage d’abandonner ! Un peu de nettoyage est ce marché pourrait redevenir un lieu incontournable du cœur de Bordeaux. Enfin, en tout cas si la situation ne change pas, je compte fermement ouvrir une boutique au Nord de Bordeaux ou ma clientèle pourra me trouver sans problème. Cela me permettrait aussi d’être au Nord et au Sud de Bordeaux. En attendant, l’été arrive et la fréquentation est vraiment basse pendant cette période, j’ai donc décidé d’aller faire ma saison à Hossegor.


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